Le CEA Valduc et la SFEN Bourgogne Franche Comté ont invité Etienne Klein[1] pour une conférence sur ce thème le 8 Mars à Salives.

En introduction Etienne Klein remarque : « Le dicton ‘ on n’arrête pas le progrès ‘ sous-entendait un jugement moral : ce n’est pas bien de vouloir arrêter le progrès. Aujourd’hui les jeunes le comprennent comme : ‘ il est devenu impossible d’arrêter le cours des choses’ ». Les scientistes pensent comme Descartes que le progrès est un moyen d’accéder au bonheur et à la liberté. Les écologistes pensent que notre développement actuel n’est pas durable pour le monde entier. Comment fournir à tous les habitants l’énergie nécessaire pour atteindre le niveau de vie des pays occidentaux, sans dégrader fortement notre planète ? Le mot progrès a disparu du discours public.

L’idée de progrès n’a rien à voir avec l’idée d’utopie ; il faut qu’elle soit crédible et attractive afin de faire l’effort. Condorcet en 1794 écrivait : « l’action humaine n’a pas d’autre vocation que la négation du donné » ce qui signifie que tout ce qui est donné peut être contesté par un travail critique qui permet de penser les choses autrement.

Le rapport au risque est devenu très différent de ce qu’il a pu être dans le passé. En 1848 il y a eu à Meudon un accident de chemin de fer qui a fait 52 victimes, carbonisées. Au cours du débat qui a suivi à la Chambre des députés Lamartine a conclu son discours en parlant des victimes : « Plaignons les, plaignons nous, mais marchons ». Ce n’est pas un accident qui va arrêter le progrès.

Le mot innovation est apparu au 14ème siècle, en latin, et il appartenait au vocabulaire de la théologie. Francis Bacon (1561-1626) inventeur du mot progrès, met en relation le mot innovation avec la technologie ; Il publie un livre qui comporte un chapitre intitulé « Innovation » avec l’idée que le temps passe et qu’il est corrupteur.  Comment faire pour que le mal ne l’importe ? En innovant par la technique afin de compenser la dégradation sans le faire trop vite de peur qu’elle soit refusée par la population ni trop lentement pour que les dégâts soient encore réparables. Il faut donc innover au rythme du temps.

En 2007, le traité de Lisbonne pour l’Europe a souhaité que l’UE devienne une société de la connaissance mais pour devenir compétitive, il faudrait encourager les activités de recherches. En 2010, l’Europe s’est fixé un nouvel objectif qui est de développer l’innovation à l’horizon 2020 non pour innover un autre monde, mais pour empêcher notre monde de se déliter. En France, « le principe de précaution » est inscrit dans la Constitution dès 1995. La peur du risque s’installe. Dans un rapport à l’Académie des Technologies[2], Gérard Bronner et Etienne Klein écrivent : « tout se passe désormais comme si les avancées accomplies dans l’étendue des savoirs scientifiques ou la puissance des techniques devaient se payer, chaque fois, de nouveaux risques, ou de risques accrus – d’ordre sanitaire, environnemental ou encore symbolique- ». De nombreux domaines sont touchés comme les OGM, le nanotechnologies, les antennes des téléphones mobiles, le nucléaire…

Etienne Klein remarque : « On redoute le risque associé au nucléaire mais personne ne parle du risque en cas d’arrêt du nucléaire ».

La réunion s’est poursuivie par de nombreuses questions introduisant, entre autres, les questions économiques.

Anne-Marie Goube, présidente WiN Bourgogne

[1] Les nombreux ouvrages d’Etienne Klein sont disponibles dans les bibliothèques de Dijon
[2] La perception des risques à télécharger : sur http://www.academie-technologies.fr/blog/posts/la-perception-des-risques
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