Le secteur du nucléaire, à l’image d’autres domaines techniques, manque de femmes. Une situation que Patricia Schindler connaît de l’intérieur. Forte de 40 ans d’expérience dans la R&D  et de ses responsabilités au sein de  WiN Global (Women in Nuclear). Patricia témoigne.

Patricia Schindler a plus de 40 ans d’expérience au sein de différentes unités de Recherche et Développement du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives, organisme public et acteur majeur de la recherche à caractère scientifique, technique et industriel. Elle est experte en thermohydraulique, en milieu chimie et radiochimie contrôlées. Elle était l’une des rares femmes dans un environnement de travail quasi exclusivement masculin, à l’image de ce qu’elle avait déjà vécu lors de ses études.

Toujours bien accueillie par ses collègues, elle a pourtant constaté au long de sa carrière que les postes à hautes responsabilités revenaient aux hommes. Ce constat était partagé avec ses quelques collègues femmes. Loin d’être un cas isolé, cette sous-représentation féminine est une quasi constante dans les domaines de la recherche et de l’énergie, au niveau des entreprises et organismes de recherche.  C’est aussi le cas au sein des filières de formation à l’Université ou dans les écoles d’ingénieur.

Il y a une dizaine d’année, Patricia rejoint WiN France  d’abord comme simple adhérente, curieuse et intéressée par cette association. Elle précise : « je n’avais pas forcément pour volonté de prendre des responsabilités au sein de WiN, mais, en 2012, j’ai accepté de prendre la Présidence du WiN Provence Alpes Côte d’Azur quand on me l’a proposé. »

Patricia devient rapidement Secrétaire de WiN France, en 2013, puis Vice-Présidente WiN France en 2018. Après avoir assuré le Secrétariat Général de WiN Europe durant 3 ans, elle est élue executive au board de WiN Global, en 2020 elle en devient la secrétaire générale du bureau nouvellement constitué autour de Dominique Mouillot,  la nouvelle Présidente de WiN Global.

L’occasion d’observer de près la situation, tant au niveau régional, que national et international. La France n’est pas le seul pays à montrer un déficit de femmes dans le secteur nucléaire, mais l’on constate que cette tendance est moins marquée dans d’autres pays, le Canada notamment. Par contre, en médecine nucléaire et en radiologie, la parité est atteinte dans le cas des médecins spécialistes, ce qui s’explique probablement par le nombre de femmes étudiantes en médecine.

L’éducation est en effet un élément clé pour changer la donne et il faut aller sur le terrain pour tordre le cou à certains préjugés à la vie dure.

C’est pour cette raison que Patricia participé à des initiatives visant à promouvoir dans les écoles les filières de formations scientifiques et techniques. L’objectif est de faire comprendre  que ces filières ne sont pas réservées aux garçons et que les métiers auxquels elles mènent sont tout à fait accessibles aux filles. Pour y parvenir le témoignage de professionnels femmes et hommes est essentiel.

Le fait que les femmes soient plus présentes dans des secteurs comme la sûreté nucléaire et le contrôle des installations, est une perspective réjouissante. « C’est une bonne nouvelle car il est crucial pour les professionnelles du nucléaire de ne pas se sentir seules et d’avoir une représentation du succès féminin, qui ne soit pas qu’une exception confirmant la règle »»

«C’est d’ailleurs l’un des atouts de WiN, qui permet aux professionnelles du nucléaire de se rencontrer et de se créer un réseau » souligne Patricia. « WiN propose également des programmes de mentorat auxquels je participe. J’aime faire bénéficier la « relève » de ma longue expérience, être un exemple et leur montrer qu’elles peuvent aussi y arriver. Cela, sans donner de leçons, en leur disant que telle ou telle approche ne marche pas, sachant que j’ai autant à apprendre d’elles qu’elles de moi. »

Le mot de la fin ? « La fin ? Ce n’est que le début, nous observons certes des progrès, mais nous sommes encore loin du compte. Je pense que le domaine nucléaire, à tort  considéré comme peu innovant, aurait de fait tout à gagner de compter plus de femmes dans ses rangs, y-compris dans des postes à hautes responsabilités. Mon expérience internationale montre bien à quel point cela ne relève pas du rêve, mais bien d’un objectif, atteignable grâce à des mesures volontaires et à la hauteur de l’enjeu. » (Interview)

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